Après “Joe le Plombier” de John McCain, voici “Walter le libraire” de Charles Michel. En plus de vendre des livres, Walter roule en C5 : symbole d’une imagerie communicationelle.
-
La semaine dernière, alors que les négociations en vue de boucler le budget 2012 s’enlisaient (la formule tient du pléonasme quasi paradigmatique, mais désormais elles en sont au point mort), Charles Michel a auto-proclamé son parti ”défenseur des classes moyennes”. Et le président du MR - interviewé par la RTBF – de citer son libraire en exemple:
-
Budget: Charles Michel veut protéger Walter, son libraire – RTBF Vidéo
Budget: Charles Michel veut protéger Walter, son libraire -
Le libraire en question s’appellerait Walter. C’est joli, “Walter”. En tout cas, ça rime avec “libraire”. C’est déjà ça.
-
Il n’en faut pas plus pour faire de “Walter le libraire” notre “Joe le Plombier” à nous, made in Belgium.
Joe the Pumber (de son vrai nom Samuel Joseph Wurzelbacher) s’était retrouvé sous le feu des médias au cours de l’élection présidentielle américaine de 2008, à la suite d’une question qu’il avait posé à Barack Obama, alors candidat, sur son programme fiscal.Affirmant que le plan d’imposition proposé par Obama irait à l’encontre du rêve américain, Wurzelbacher posa la question suivante: -
Soit: « Je m’apprête à acheter une société qui ferait de 250 000 à 280 000 dollars par an. Avec votre plan d’imposition, je payerai plus d’impôt, n’est-ce pas ? »
Ce à quoi Obama fut forcé de répondre : -
C’est-à-dire : « Si vos revenus sont supérieurs à 250K dollars, alors en dessous de 250K votre imposition ne changera pas. C’est vrai qu’au-dessus de 250K (…) vous en aurez pour 36% à 39%, comme sous Clinton. »
-
Et d’ajouter :
-
« Ce n’est pas que je veuille punir votre succès. Je veux juste être certain que tous ceux qui sont derrière vous aient aussi une chance de succès. (…) Et je pense que si nous répartissons les richesses, c’est bien pour tout le monde. »
-
12/10 : Obama rencontre “Joe le plombier” (VOSTF)
-
Une allusion à la répartition des richesses (« spread the wealth around ») qui incita le rival républicain John McCain à faire de “Joe” un héros menacé par le “socialisme” d’Obama. Pour la petite histoire, le plombier – qui n’a jamais voulu avouer pour qui il avait voté - dénoncera plus tard l’instrumentalisation dont il fut victime, par le représentant républicain…
Quoiqu’il en soit, Joe devint rapidement le plus célèbre des plombiers (après Mario, quand même…) : son nom fut mentionné 26 fois par l’un et l’autre des deux candidats lors du dernier débat de la campagne présidentielle ! -
L’histoire – ou plutôt, la stratégie - repasserait-elle les plats ? Depuis un moment, la tactique du président du MR est claire : miser toute sa communication sur la défense des intérêts de classe moyenne (Walter et cie, pour ceux qui n’auraient pas suivi). Une manoeuvre qui s’accorde évidemment avec la négociation budgétaire actuelle.
Une manière surement aussi de dissoudre l’image qui colle à la peau du Mouvement Réformateur, celle de « parti des riches », illustrée par ces mots de Philippe Moureaux, devenus célèbres, qui qualifia Didier Reynders, de « ministre
des rupins ». C’était en 2003. -
Un symbole donc. Aux relents électoralistes, très certainement.
(Le MR n’est pas le seul, tous les partis sont pour le moment le nez dans le guidon et usent et abusent de slogans. Déjà…)Ou comment faire de Walter un leader d’opinion… -
Un peu après, Charles Michel a en tout cas remis le couvert :
-
Pardon… Il a remis le couvert donc :
-
Une formule que n’a pas manqué de railler 13lignes.be :
-
13lignes.be: Hold-up dans la poche de la classe moyenne!
Cette nuit, un hold-up a été commis ” dans la poche de la classe moyenne “. 13lignes s’est rendu immédiatement sur les lieux et a recueil… -
“Cette nuit, un hold-up a été commis « dans la poche de la classe moyenne ». 13lignes s’est rendu immédiatement sur les lieux et a recueilli le témoignage de la victime.
13lignes: Comment avez-vous remarqué qu’il y avait un hold-up dans votre poche?
Classe moyenne: J’ai d’abord senti un petit chatouillement, à hauteur de la poche droite de mon pantalon. Ça grattait un peu, mais bon, ça peut arriver! Comme ça persistait, j’ai ouvert et là je me suis aperçu qu’ils étaient en train de commettre un hold-up!
13lignes: Qui ça?
C.M.: Des petits parasites, difficiles à identifier de loin dans une poche assez sombre. Quand ils ont vu la lumière du jour, ils ont détalé. Je crois qu’il y avait un chômeur, un fonctionnaire et un pensionné dans la bande.
13lignes: Qu’est-ce qu’on vous a volé?
C.M.: J’avais quelques billets de banque. Ils ont commencé à les grignoter. Et en fuyant, ils ont pris tous mes titres-services. Heureusement, ils ont laissé les clés de la C5, trop lourd. -
Bref. Librairie. Hold-up. C5. Une imagerie communicationelle qui supplante les idées en tant que telles et qui prête parfois à sourire, par son paradoxe.
-
Dans le chef de Charles Michel, parler d’un C5 n’est pas anodin. Car dans l’imagerie populaire, la voiture exprime un style de vie, un standing, voire un mode de comportement.
Finalement, n’est-ce pas particulièrement ironique, alors que, depuis de (trop) nombreuses semaines, on observe le ballet quasi incessant de voitures ministérielles à la Rue de la Loi ?Ou comme l’exprime très justement Michel Henrion dans son billet: “l’incongruité de la bagnole haut de gamme en arrière-plan des discours d’austérité” : -
“Lorsque les symboles (voitures) priment, en communication, sur les discours des politiques. Analyse. vsb.li/XNdHL5 #BeGov #sldb
-
Demain, on rase gratis: Lorsque les symboles extérieurs priment, en …
il y a 10 heures … Lorsque les symboles extérieurs priment, en communication, sur le discours des politiques (de l’incongruité de… -
En attendant ? On n’a toujours pas de gouvernement, merci pour nous, merci à eux.
Mais Walter, lui, se porte bien. Il a passé sa C5 à l’entretien. Rien à signaler. Tout ronronne.L’info ? Je la tiens de Régis, le garagis’.



























